La France ne couvre aujourd’hui qu’environ un tiers de ses besoins en plasma à partir des dons réalisés sur son territoire. Cette dépendance place le système de santé français dans une situation de vulnérabilité stratégique, alors même que les besoins en médicaments dérivés du sang – notamment les immunoglobulines – augmentent fortement sous l’effet du vieillissement de la population et des progrès thérapeutiques.
Dans ce contexte, l’Établissement français du sang (EFS) a lancé le programme Ambition Plasma, avec un objectif clair : atteindre 1 million de dons annuels d’ici 2028, contre 150 000 donneurs en 2024. Au-delà de l’enjeu quantitatif, la question du don de plasma renvoie à des choix éthiques forts, la France ayant fait le choix d’un modèle fondé sur la non-rémunération du don, à rebours de pratiques observées dans certains pays tiers.
Points clés à retenir
Le plasma est une ressource vitale, utilisée à la fois en transfusion et comme matière première indispensable à la fabrication de médicaments dérivés du sang, en particulier les immunoglobulines, dont la demande mondiale progresse de 8 à 12 % par an.
Faute d’une collecte suffisante sur le territoire national, la France reste dépendante d’importations, parfois issues de pays où le don est rémunéré, soulevant des enjeux éthiques et sanitaires majeurs. Le modèle français repose, à l’inverse, sur un principe fort : la non-rémunération du don, garante de la sécurité des donneurs et des receveurs.
Dans ce contexte, l’EFS ne se limite plus à une logique institutionnelle descendante. Il s’appuie sur des relais de proximité, parmi lesquels les pharmacies d’officine, capables de sensibiliser, d’informer et de créer le déclic. Certaines initiatives locales montrent déjà leur efficacité, à l’image des actions menées par des groupements officinaux engagés, qui intègrent le don de plasma dans leurs démarches de santé publique.
Pour les officines, le don de plasma devient un levier concret d’engagement RSE, au croisement de la prévention, de la solidarité et de la souveraineté sanitaire. La proximité quotidienne avec des patients éligibles, souvent peu informés ou freinés par des contraintes pratiques, place le pharmacien dans une position clé pour relayer les campagnes de collecte.
L’exemple du groupement Hello Pharmacie illustre cette dynamique : en partenariat avec l’EFS, ses officines se mobilisent chaque année autour de la Journée mondiale du donneur de sang, en transformant l’espace officinal en véritable point de sensibilisation (signalétique, supports pédagogiques, échanges au comptoir). Face aux résultats observés, cette mobilisation a été élargie au don de plasma et de plaquettes, démontrant la capacité des groupements à faire évoluer leurs actions en réponse aux enjeux sanitaires.
Pour les laboratoires pharmaceutiques, notamment ceux impliqués dans les médicaments dérivés du sang, ces initiatives de terrain participent indirectement à la sécurisation de l’approvisionnement, tout en renforçant la cohérence entre production, éthique et responsabilité sociétale.
Perspectives Stratégiques
La mise en lumière d’initiatives comme celle de Hello Pharmacie traduit une évolution du rôle de l’officine : au-delà de la dispensation, elle devient un acteur structurant de mobilisation citoyenne en santé.
À terme, la généralisation de ce type d’actions pourrait renforcer la souveraineté sanitaire française, en augmentant durablement la collecte nationale de plasma, sans renoncer au modèle éthique du don non rémunéré.
Elle montre aussi que la RSE en officine n’est pas qu’un concept : elle peut se traduire par des actions simples, collectives et mesurables, portées par des réseaux officinaux capables de créer une dynamique territoriale au service de l’intérêt général.