Les États généraux de la bioéthique s’ouvrent dans un contexte de forte tension du système de santé. Vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques et arrivée de traitements innovants à coûts élevés interrogent la soutenabilité du modèle actuel.
Parmi les thèmes émergents figure la sobriété médicamenteuse, portée par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). L’enjeu dépasse la seule contrainte budgétaire : il touche à la qualité des soins, à la sécurité des patients et à la responsabilité éthique dans l’usage du médicament. Les médicaments représentent aujourd’hui environ 9 % des dépenses de l’Assurance maladie, une part appelée à croître fortement d’ici 2030 sous l’effet des innovations thérapeutiques.
Points clés à retenir
La sobriété médicamenteuse ne vise pas à restreindre l’accès aux soins, mais à en améliorer la qualité et la pertinence. Pour le CCNE, elle s’inscrit avant tout dans une logique de sécurité des patients, en mettant en avant la déprescription comme un outil de prévention des risques liés aux traitements inutiles ou inadaptés.
Cette réflexion trouve un écho particulier face à la réalité de la polymédication, identifiée comme l’un des principaux facteurs de iatrogénie. Près de la moitié des personnes âgées de plus de 75 ans prennent au moins cinq médicaments, et un quart en consomme dix ou plus, exposant ces patients à un risque accru d’interactions et d’effets indésirables.
Dans ce contexte, le pharmacien apparaît comme un acteur central du bon usage du médicament, à l’interface du soin, de l’éthique et de l’accompagnement des patients. Par son rôle de conseil et de pédagogie, il contribue directement à une prise en charge plus raisonnée, plus sûre et plus responsable.
Pour les patients, la sobriété médicamenteuse interroge la relation au soin : moins d’accumulation, plus de lisibilité. Elle vise à réduire les effets indésirables, les hospitalisations évitables et à restaurer une confiance éclairée dans les traitements.
Pour les professionnels de santé, elle valorise l’expertise clinique et décisionnelle, en particulier celle du pharmacien dans l’analyse des ordonnances, la détection des interactions et l’accompagnement de la déprescription. Elle suppose aussi un dialogue renforcé avec les prescripteurs.
Pour le système de santé, la réflexion ouvre un débat sur la responsabilité collective face à l’innovation thérapeutique : comment concilier progrès médical, équité d’accès et soutenabilité financière, sans glisser vers une logique purement comptable.
Pour la société, la sobriété médicamenteuse devient un marqueur éthique : elle questionne notre rapport au médicament, à la médicalisation du vieillissement et à l’idée que plus n’est pas toujours synonyme de mieux.
Perspectives Stratégiques
En inscrivant la sobriété médicamenteuse au cœur des États généraux de la bioéthique, le débat quitte le seul champ technique pour entrer dans celui des choix collectifs. Il ne s’agit plus seulement d’optimiser les prescriptions, mais de questionner notre rapport global au médicament et à la médicalisation.
Pour l’officine, cette évolution pourrait consolider un rôle déjà en mutation : celui d’un professionnel garant de la pertinence des traitements, capable d’alerter, d’expliquer et d’accompagner les transitions thérapeutiques, notamment chez les patients polymédiqués.
À plus long terme, cette réflexion pourrait contribuer à faire évoluer les pratiques, les indicateurs de qualité des soins et les attentes des patients, en valorisant davantage la justesse des traitements que leur accumulation.