Dans un contexte de tension persistante sur l’accès aux soins, marqué par la raréfaction de l’offre médicale, l’engorgement des urgences et l’augmentation des soins non programmés, les pouvoirs publics expérimentent de nouveaux modèles organisationnels. L’objectif : orienter plus efficacement les patients, sans dégrader la qualité ni la sécurité de la prise en charge.
C’est dans cette logique qu’a été conçu le dispositif OSyS (Orientation dans le Système de Soins), une expérimentation Article 51 portée par le ministère de la Santé, initiée en Bretagne, puis étendue à d’autres territoires dont l’Occitanie, le Centre-Val de Loire et la Corse. OSyS s’appuie sur un acteur déjà présent, accessible et identifié par la population : le pharmacien d’officine.
Points clés à retenir
OSyS vise à structurer et sécuriser le rôle du pharmacien dans la gestion de six situations cliniques courantes relevant des affections bénignes : conjonctivite, plaie simple, brûlure du premier degré, piqûre de tique, pollakiurie et odynophagie.
À l’aide d’arbres décisionnels validés par des experts médecins et pharmaciens, le pharmacien formé réalise un triage clinique permettant :
• une prise en charge à l’officine lorsque cela est possible ;
• une orientation vers un médecin (consultation physique ou téléconsultation) ;
• ou une orientation directe vers les urgences si nécessaire.
Le dispositif intègre également un appel de suivi du patient, renforçant la continuité et la sécurité du parcours. Chaque triage complet donne lieu à une rémunération forfaitaire de 12,50 €, couvrant l’entretien, la traçabilité numérique, l’information du médecin et le suivi téléphonique.
Dans certaines situations (pollakiurie et odynophagie), et sous conditions de coopération territoriale avec un médecin, le pharmacien peut aller jusqu’à la délivrance d’un antibiotique, renforçant ainsi son rôle de premier recours.
Pour les patients et les territoires, OSyS répond à un enjeu majeur d’équité d’accès aux soins, en particulier dans les zones sous-dotées, rurales ou en forte tension saisonnière. En offrant une réponse rapide, sécurisée et de proximité, le dispositif limite les renoncements aux soins et réduit les déplacements inutiles.
Pour les communautés locales, le pharmacien devient un acteur pivot du maillage territorial, contribuant à désengorger les urgences et à réorienter les flux vers les structures adaptées. Cette logique renforce la résilience des systèmes locaux de santé.
Pour les équipes officinales, le dispositif valorise les compétences cliniques du pharmacien, mais pose aussi des questions organisationnelles : charge de travail, mobilisation de l’équipe, nécessité de formations multiples au sein d’une même officine. L’évaluation souligne que le déploiement reste fragile lorsqu’une seule personne est formée.
Pour la gouvernance du système de santé, OSyS illustre une évolution du pilotage des politiques publiques vers des modèles plus coopératifs et décloisonnés, mais met également en lumière des points de friction : coordination interprofessionnelle inégale, outils numériques encore insuffisamment interopérables, cadre financier temporaire.
Perspectives Stratégiques
À court terme, OSyS confirme la capacité des pharmacies à jouer un rôle structurant dans les soins non programmés, au-delà de la dispensation. Il professionnalise une pratique déjà existante, en l’inscrivant dans un cadre sécurisé, tracé et évalué.
À moyen terme, la généralisation du dispositif pose plusieurs conditions de réussite :
→ renforcer la formation collective en officine ;
→ structurer les échanges avec les médecins via des outils sécurisés et interopérables ;
→ intégrer pleinement les outils numériques aux logiciels métiers ;
→ clarifier la place des autres professionnels de l’équipe officinale.
À long terme, OSyS interroge plus largement la place du pharmacien dans le parcours de soins, non plus seulement comme point de passage, mais comme acteur d’orientation et de régulation, au service d’un système de santé plus accessible et plus soutenable.