Pendant près de quatre ans, les habitants de Crémeaux, commune de la Loire de moins de 1 000 habitants, ont vécu sans pharmacie. Depuis la fermeture de l’officine en mars 2021, l’accès aux médicaments impliquait un déplacement d’une douzaine de kilomètres, une contrainte lourde, parfois dissuasive, pour les personnes âgées, dépendantes ou à mobilité réduite.
Cette situation, loin d’être isolée, illustre une réalité de plus en plus fréquente dans les territoires ruraux : la disparition progressive des services de santé de proximité, non par désintérêt local, mais par absence de repreneurs et fragilité économique des petites officines.
À Crémeaux, la fermeture a suscité une mobilisation durable. Habitants, élus locaux et représentants politiques ont multiplié les démarches pour faire reconnaître le caractère critique de l’accès au médicament. Cette ténacité a finalement abouti à l’ouverture d’une antenne de pharmacie, autorisée dans le cadre d’une expérimentation nationale portée par l’État.
Points clés à retenir
L’antenne de pharmacie de Crémeaux ouvre officiellement ses portes le 6 janvier 2026, au sein de la maison de santé communale. Il s’agit de la 5e antenne expérimentale mise en place en France dans le cadre de l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale de 2018, qui permet de tester des organisations dérogatoires pour répondre à des besoins territoriaux spécifiques.
Rattachée à la pharmacie mère de Saint-Just-en-Chevalet et autorisée par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, l’antenne fonctionnera trois matinées par semaine. Elle disposera d’un stock limité pour les besoins urgents, tandis que les traitements chroniques pourront être préparés à l’avance sur dépôt d’ordonnance.
Le dispositif est strictement encadré : seules les communes de moins de 2 500 habitants privées de pharmacie sans repreneur peuvent en bénéficier, l’officine porteuse doit être située dans une commune limitrophe, et l’expérimentation reste plafonnée à douze antennes au niveau national.
Pour les habitants de Crémeaux, l’ouverture de l’antenne représente bien plus qu’un simple point de délivrance. Elle rétablit un lien de proximité avec le médicament, indispensable au suivi des traitements, à l’observance et au dialogue avec un professionnel de santé.
Pour les collectivités locales, cette expérimentation démontre que l’accès aux soins peut encore être réinventé, à condition d’accepter des formats intermédiaires entre l’officine classique et l’absence totale de service. L’antenne devient un outil de maintien du tissu sanitaire, sans masquer les difficultés structurelles de reprise des petites pharmacies.
Pour la profession pharmaceutique, le dispositif soulève un enjeu central : comment concilier viabilité économique, continuité territoriale et qualité du service ? L’antenne ne remplace pas une officine à part entière, mais elle permet d’éviter une rupture totale d’accès, tout en s’appuyant sur une pharmacie existante.
À l’échelle du système de santé, cette ouverture illustre une logique de coopération entre État, ARS, élus locaux et pharmaciens, face à un défi qui dépasse les règles classiques d’installation.
Perspectives Stratégiques
L’expérimentation des antennes de pharmacie ouvre plusieurs perspectives :
→ reconnaître officiellement que les règles actuelles d’installation ne suffisent plus à garantir l’équité territoriale ;
→ offrir une réponse pragmatique aux déserts pharmaceutiques, sans attendre une hypothétique reprise ;
→ nourrir un futur cadre législatif, la généralisation du dispositif ayant déjà été actée politiquement, bien que temporairement limitée par le Conseil constitutionnel ;
→ repositionner la pharmacie comme service essentiel de proximité, au même titre que d’autres équipements publics ;
→ poser la question, plus large, de la soutenabilité du modèle officinal en zone rurale.
À Crémeaux, l’antenne est perçue comme une victoire collective. À l’échelle nationale, elle constitue surtout un signal faible mais structurant : celui d’un système qui tente de s’adapter, pas à pas, aux réalités du terrain.