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L’essor inquiétant des cosmétiques « kids » : quand TikTok façonne les routines beauté des enfants

3 décembre 2025 4 min de lecture
Les réseaux sociaux — TikTok en tête — ont introduit une nouvelle génération dans l’univers des « routines beauté » : masques hydratants, brumes, lotions et crèmes anti-âge utilisées dès 7, 8 ou 10 ans. Ce phénomène, porté par des influenceuses et désormais par des marques qui ciblent directement les 3–12 ans, soulève des inquiétudes croissantes du côté des dermatologues, qui y voient une tendance marketing agressive doublée d’un risque sanitaire réel.

Points clés à retenir

Des marques cosmétiques s’emparent d’un marché émergent : celui des enfants de la génération TikTok. Certaines, comme Rini, lancée par l’actrice Shay Mitchell et destinée aux enfants dès 3 ans, proposent des produits mignons inspirés d’univers ludiques (licorne, panda, chiot), à des prix accessibles. D’autres enseignes, comme Evereden, visent les préadolescents avec des routines plus élaborées.


Pourtant, selon Laurence Coiffard, professeure en pharmacie spécialisée en cosmétologie, les enfants n’ont pas besoin de cosmétiques, en dehors de l’hygiène de base et des protections solaires. Leur peau, en développement, ne justifie ni sérums, ni actifs complexes, encore moins des produits destinés aux adultes.


Les dermatologues alertent sur plusieurs risques :

→ exposition précoce à des perturbateurs endocriniens ;

→ risque accru d’allergies cutanées ;

→ utilisation d’actifs inadaptés (acides, anti-âge, phytoestrogènes) ;

→ répétition excessive de soins pouvant fragiliser la barrière cutanée.


Une étude américaine publiée dans Rediatrics révèle l’ampleur du phénomène : des enfants qui utilisent jusqu’à 14 produits dans la même routine, se lèvent à 4h30 pour « se préparer », ou appliquent des produits contenant jusqu’à 21 substances potentiellement irritantes.


Au-delà de l’aspect dermatologique, les experts s’inquiètent des impacts psychologiques :
→ construction d’une image de soi faussée ;
→ normalisation d’un rapport à la beauté coûteux, chronophage et prématuré ;
→ risque d’érotisation ou d’hypersexualisation.


« Un cosmétique n’est pas un jouet »
, rappelle la SFD.

Pour les officines, l’essor de ces cosmétiques destinés aux enfants change la nature des échanges au comptoir. Les pharmaciens voient arriver des parents qui s’interrogent, parfois dépassés par les tendances TikTok, et des enfants qui reproduisent des routines vues en ligne sans comprendre les risques cutanés associés. Cette évolution renforce le rôle du pharmacien comme médiateur et éducateur, capable d’orienter vers des pratiques sûres et raisonnables. L’enjeu n’est pas seulement dermatologique : il s’agit aussi d’aider les familles à replacer les soins dans un cadre adapté à l’âge et aux besoins réels de l’enfant.


Pour les laboratoires, cette tendance interroge davantage qu’elle n’ouvre un nouveau segment commercial. Les dermatologues rappellent l’absence de justification médicale à ces produits ; cela place l’industrie face à une attente claire : formuler de manière irréprochable, limiter les messages susceptibles d’entretenir des normes esthétiques précoces et veiller à ne pas encourager une consommation détournée de son sens. Cette situation pourrait à terme pousser les marques à renforcer leurs engagements éthiques, anticiper d’éventuelles régulations et collaborer davantage avec les professionnels de santé sur la sécurité des produits destinés aux mineurs.

Perspectives Stratégiques

Ce projet pourrait accélérer :

→ des appels à une réglementation spécifique pour les cosmétiques destinés aux enfants ;

→ des campagnes de sensibilisation auprès des parents et des écoles ;

→ un positionnement plus clair des pharmacies comme garantes de la sécurité dermatologique des jeunes ;

→ une pression sociétale sur les marques pour limiter l'utilisation de substances controversées ;

→ une collaboration renforcée entre dermatologues, pédiatres et pharmaciens.


À plus long terme, cette controverse pourrait rebattre les cartes du marché cosmétique : vers moins de marketing émotionnel et davantage de responsabilité scientifique.

Sources Documentaires

The Good – Au secours : ces marques de cosmétiques à l’assaut des enfants de la génération TikTok  – 2 décembre 2025.

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