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Quand l’officine soulage les douleurs dentaires : l’exemple territorial qui inspire les CPTS

7 mars 2026 4 min de lecture

Face aux tensions d’accès aux soins dentaires dans certains territoires, des organisations locales expérimentent de nouvelles formes de coopération entre professionnels de santé. Sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime), un protocole local de prise en charge des douleurs et ulcères dentaires permet ainsi aux pharmaciens formés d’intervenir selon un cadre défini avec des chirurgiens-dentistes délégants. Mis en œuvre depuis l’été 2023 au sein de la Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) Île d’Oléron Nord, ce dispositif s’inscrit dans une logique d’exercice coordonné.


Ce type d’initiative illustre une évolution plus large du système de santé : la nécessité de réorganiser l’accès aux soins de premier recours dans les territoires où certaines spécialités médicales sont peu disponibles. Dans ce contexte, la pharmacie d’officine apparaît de plus en plus comme un point d’entrée de proximité, capable de contribuer à la continuité du parcours de soins tout en évitant des consultations ou passages aux urgences pour des situations bénignes mais douloureuses.

Points clés à retenir

Le protocole repose sur une organisation interprofessionnelle structurée :
• Il est appliqué au sein d’une MSP regroupant 57 professionnels de santé, dont plusieurs officines participantes.
• Les pharmaciens doivent suivre une formation spécifique pour être habilités à réaliser cette prise en charge.
• Au total, 25 professionnels (pharmaciens et infirmiers libéraux) ont été formés dans le cadre de ce dispositif.


La prise en charge suit un arbre décisionnel clinique précis :
• vérification de critères d’inclusion et d’exclusion (notamment âge, grossesse ou signes de gravité) ;
• évaluation de la douleur ;
• dispensation d’un bain de bouche et d’un antalgique de première ou seconde intention ;
• possibilité d’initier un traitement antibiotique (amoxicilline ou clindamycine en cas d’allergie) dans le cadre d’une ordonnance de délégation signée par le dentiste délégant.


Selon les données rapportées :

• 187 patients ont été pris en charge en officine en 2025 ;

près de 400 patients ont bénéficié du dispositif depuis son lancement en 2023.


Le protocole est réévalué régulièrement à partir des retours d’expérience. Certaines adaptations ont déjà été introduites, notamment l’exclusion de la codéine des solutions thérapeutiques après son changement de statut réglementaire en 2025.


Sur le plan économique, la mise en œuvre du protocole prévoit une rémunération d’environ 25 euros par intervention, répartie entre le professionnel délégant et le pharmacien.

Sur le plan sociétal, ce type d’organisation contribue à réduire les inégalités territoriales d’accès aux soins dentaires, particulièrement dans les zones où la densité de chirurgiens-dentistes est limitée. La pharmacie d’officine devient ainsi un acteur de santé de proximité, capable de soulager rapidement des douleurs aiguës tout en orientant vers le parcours de soins adapté.


Pour les patients, l’enjeu est double : accéder rapidement à une réponse thérapeutique et éviter des consultations médicales ou hospitalières pour des situations qui peuvent être prises en charge dans un cadre sécurisé. Dans des territoires touristiques ou saisonniers, où la population peut fortement varier au cours de l’année, cette organisation contribue également à absorber les pics de demande de soins.


Pour les pharmaciens et les autres professionnels impliqués, ces protocoles renforcent la coopération interprofessionnelle territoriale et la reconnaissance de nouvelles compétences cliniques. Ils impliquent cependant des exigences de formation, de traçabilité et de coordination avec les chirurgiens-dentistes délégants.


La question du financement des protocoles par les autorités régionales de santé demeure néanmoins un point de vigilance pour garantir la pérennité de ces dispositifs.

Perspectives Stratégiques

L’expérimentation menée sur l’île d’Oléron illustre une transformation progressive du système de soins français : le développement de protocoles de coopération territoriale permettant de mieux répartir les compétences entre professionnels de santé.


Dans une perspective RSE appliquée au secteur pharmaceutique, ces initiatives interrogent la capacité des officines à devenir des acteurs structurants de l’accès aux soins dans les territoires, tout en garantissant la sécurité des patients et le respect du parcours médical.


Si ces dispositifs se multiplient dans les MSP et les CPTS, ils pourraient préfigurer une évolution durable des missions officinales, où la pharmacie participerait davantage à la gestion des soins non programmés et à la régulation des tensions du système de santé.

Sources Documentaires
Textes rédigés à partir d’une source journalistique professionnelle, reformulée et contextualisée dans une approche RSE santé et accès territorial aux soins : Le Moniteur des Pharmacies – « Douleurs dentaires, ce protocole local qui fait des émules » – 5 mars 2026.
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