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Agressions en officine entre réponse pénale et enjeu collectif de déclaration

2 mars 2026 4 min de lecture

Les agressions à l’encontre des pharmaciens constituent un phénomène désormais documenté par les instances ordinales. Depuis l’ordonnance n°2017-644 du 27 avril 2017, l’Ordre National des Pharmaciens est habilité, en vertu de l’article L.4233-1 du Code de la santé publique, à se constituer partie civile lorsque des violences ou menaces sont commises en raison de l’appartenance à la profession. Cette capacité d’action permet à l’Ordre de défendre l’intérêt collectif de la profession pharmaceutique, distinct du préjudice individuel subi par le pharmacien victime.


Selon les informations publiées par le CNOP, plusieurs affaires ont donné lieu à constitution de partie civile, notamment dans des contextes de refus de délivrance, fondé sur l’article R.4235-61 du Code de la santé publique. En parallèle, le Conseil Régional d’Île-de-France rappelle que moins de 300 agressions ont été déclarées sur l’année écoulée, un volume jugé très inférieur à la réalité du terrain. L’enjeu dépasse la seule dimension pénale : il concerne la sécurité des professionnels de santé, la continuité de l’accès aux soins et la reconnaissance institutionnelle d’un risque professionnel croissant.

Points clés à retenir

• L’Ordre peut exercer les droits réservés à la partie civile en cas de violences ou menaces liées à l’exercice professionnel (article L.4233-1 CSP). Les faits concernés incluent violences, menaces, atteintes aux personnes, ainsi que certaines atteintes aux biens lorsqu’elles sont accompagnées de violences.


• Les violences commises à l’encontre d’un professionnel de santé constituent une circonstance aggravante au sens pénal. Les peines encourues varient selon la qualification retenue (violences, menaces, extorsion, dégradations), pouvant aller jusqu’à plusieurs années d’emprisonnement selon les cas.


• La déclaration auprès de l’Ordre permet un accompagnement individualisé et contribue à la production de données objectivées utiles au dialogue avec les pouvoirs publics.


Il convient de souligner que la constitution de partie civile suppose des conditions procédurales strictes : dépôt de plainte, identification de l’auteur, qualification pénale retenue par le parquet, information de l’Ordre. Toutes les situations ne relèvent donc pas automatiquement de ce dispositif.

Sur le plan sociétal, la reconnaissance des agressions comme atteinte à un intérêt collectif professionnel participe à la légitimation du pharmacien comme acteur de santé publique exposé. La majorité des violences recensées intervient à la suite d’un refus de délivrance, décision pourtant encadrée par le Code de la santé publique pour protéger l’intérêt du patient.


 Pour les officines, la sous-déclaration fragilise la capacité de plaidoyer institutionnel. Sans données consolidées, il devient difficile d’argumenter en faveur de dispositifs renforcés (prévention, accompagnement psychologique, sécurisation des locaux). La déclaration ne modifie pas toujours la situation individuelle immédiate, mais elle alimente une stratégie collective.


Pour la profession, l’intervention rapide de l’Ordre renforce la gouvernance sectorielle et la solidarité institutionnelle. Elle constitue également un signal adressé aux autorités judiciaires quant à la gravité des faits commis contre des professionnels de santé en exercice

Perspectives Stratégiques

La question des agressions en officine interroge la durabilité humaine du métier. Dans un contexte de tensions sociétales, la sécurisation de l’exercice officinal devient un levier stratégique de maintien de l’accès aux soins de proximité.


Au-delà de la réponse pénale, l’enjeu réside dans la systématisation de la déclaration, la consolidation des données et l’intégration du risque d’agression dans les politiques de prévention des risques professionnels en officine. La capacité de l’Ordre à peser auprès des pouvoirs publics dépend directement de cette mobilisation collective.


La sécurité du pharmacien n’est pas un sujet périphérique : elle conditionne la qualité du service rendu au patient et la pérennité du modèle officinal.

Sources Documentaires

Textes rédigés à partir de sources institutionnelles ordinales, reformulées et contextualisées dans une approche RSE santé, inclusion et conditions de travail : Ordre national des pharmaciens – « Agressions de pharmaciens : l’intervention de l’Ordre devant les juridictions pénales » – 13 février 2025 (mis à jour 24 février 2025) et Newsletter du CROP IDF de mars 2026

https://www.ordre.pharmacien.fr/les-communications/focus-sur/les-actualites/agressions-de-pharmaciens-l-intervention-de-l-ordre-devant-les-juridictions-penales



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